Un peu d'Histoire du ballet

1. Les Ballets de cour Les spectacles chorégraphiques que nous connaissons trouvent leur origine dans les fêtes raffinées des cours italiennes de la Renaissance. On y donne des spectacles brillants où les courtisans se mêlent à des musiciens et des baladins professionnels. Au fil du XVIe siècle, la mode se répand en Europe et singulièrement en France où deux figures royales jouent un rôle fondamental. C’est d’abord Catherine de Médicis qui introduit à la cour les traditions italiennes et leurs ballets de cour. Pour le plus célèbre, le Ballet comique de la Reine (1581), elle fait travailler un maître italien, Balthazar de Beaujoyeux, avec les artistes de la Pléiade afin de moduler le spectacle au goût et aux idées françaises. Sous les règnes d’Henri IV et Louis XIII les ballets de cour se multiplient.

2. Louis XIV joue un rôle essentiel dans l’histoire du spectacle chorégraphique à plusieurs titres. Très jeune, il paraît dans les ballets de cour. Il tire son surnom de Roi Soleil du Ballet de la nuit (1653) où il interprète le rôle d’Apollon entouré de grands seigneurs figurant les planètes : dans une métaphore politique de l’univers selon Copernic, la noblesse, comme les planètes, tourne autour du roi sans pouvoir s’en approcher (référence à la récente Fronde). Pour Louis XIV, la pratique de la danse est essentielle car elle façonne le corps du guerrier et permet l’élégance au bal en temps de paix. Le roi donne une triple dimension institutionnelle à la danse, par la fondation d’une instance de réflexion théorique, l’Académie royale de Danse (1661), puis l’Académie royale de Musique (1669) et son École de Danse (1713).

3. Du ballet de cour au ballet Au XVIIe siècle, la danse est intégrée aux opéras-ballets et aux comédies-ballets. Le récit est porté par les chanteurs ou les comédiens, le ballet n’étant qu’un ornement du spectacle. C’est au cours du XVIIIe siècle que le ballet tel que nous le connaissons apparaît dans un mouvement porté par les réflexions des philosophes des Lumières sur la puissance expressive du corps. On y met d’abord en scène des récits mythologiques connus de tous et faciles à suivre, puis des adaptations d’opéras, de romans ou de pièces à succès.

4. Le ballet romantique Les années 1830 initient le triomphe des créatures éthérées et des âmes dansantes, thématiques surnaturelles qui hantent alors l’imaginaire culturel. Le ballet se féminise, use de machineries aux effets fantastiques et raconte la fascination masculine pour ces héroïnes grâce auxquelles la condition humaine trouverait une nouvelle dimension. L’apparition des pointes que seules quelques rares ballerines commencent à maitriser associée à une technique féminine centrée sur la légèreté des sauts et la rapidité du bas de jambe, la mousseline de soie utilisée pour les costumes, tout concourt à l’illusion scénique de cette immatérialité.

5. Le ballet pétersbourgeois Si c’est à Paris que se créent deux chefs d’œuvre du Romantisme, La Sylphide et Giselle, dans la seconde moitié du XIXe siècle, c’est à Saint-Pétersbourg que l’histoire s’écrit. La troupe du Mariinsky est fondée au XVIIIe siècle. S’y succèdent des maîtres de ballet pour la plupart français dont Marius Petipa engagé d’abord comme danseur en 1846 et qui y restera jusqu’à sa mort en 1910. Il y crée un grand nombre d’ouvrages dont Le Lac des cygnes. Ce n’est que tardivement, au XXe siècle, que le monde de l’Ouest les découvrira au fil des tournées venues de Russie/Union soviétique. L’Opéra de Paris se les appropriera dans les années 1970-1980 essentiellement grâce à Rudolf Noureev.

6. Les Ballets russes de Diaghilev De 1909 à 1929, Serge Diaghilev organise à Paris, Monte-Carlo, Londres…, les tournées d’une compagnie qui rassemble un corps de ballet autour des grands noms du Mariinsky, dont les légendaires Vaslav Nijinsky et Anna Pavlova. Les spectacles qu’il présente placent la danse au cœur d’une synthèse des arts. Il fait appel à de grands peintres dont Picasso et des compositeurs de renom comme Igor Stravinski ou Serge Prokofiev, confie les chorégraphies à des talents nouveaux qui tous marqueront le siècle : Vaslav Nijinsky (Le Sacre du Printemps), Michel Fokine, George Balanchine, Leonid Massine, Bronislava Nijinska. L’influence de cette compagnie est fondamentale pour la danse classique du XXe siècle car après la révolution de 1917, beaucoup de ses artistes s’installeront dans le monde de l’Ouest, formant une diaspora russe et répandant leur art, sa technique et son répertoire.

7. Le ballet néoclassique Sous l’influence de Diaghilev, les chorégraphes s’écartent des conventions héritées du XIXe siècle. Le ballet qui peut être narratif ou non, voit sa technique évoluer. Les années 1950 en Europe présentent une créativité audacieuse aux visages divers, Maurice Béjart, Roland Petit, Frederick Ashton… Parallèlement, les stratégies d’influence américaine et soviétique multiplient les tournées de leurs compagnies, confrontant styles et répertoires. S’ajouteront ensuite les questionnements de la danse contemporaine auxquels répondent aujourd’hui de grands noms de William Forsythe à Crystal Pite.

8. La danse moderne et contemporaine Au début du XXe siècle apparaissent de nouvelles esthétiques chorégraphiques. Elles émanent de personnalités revendiquant le caractère individuel de leur art, comme l’américaine Isadora Duncan, ou de mouvements structurés comme l’Expressionnisme allemand de Rudolf Laban et Mary Wigman, dont Pina Bausch est une héritière. Aux États-Unis, autour de Ruth Saint-Denis et Ted Shawn, naissent de grands noms dont Martha Graham et plus tard une avant-garde dont Merce Cunningham est la figure de proue. Dès les années 1950, ces mouvements s’installent en France. En 1974, Carolyn Carlson intègre l’Opéra de Paris puis dans les années 1980 une pléiade de chorégraphes, « la Jeune danse française », dont Philippe Decouflé, Angelin Preljocaj et Maguy Marin, séduisent tous les publics. Aujourd’hui, la danse contemporaine offre un paysage aux multiples horizons qui vont de la Suède (Mats Ek), à Israël (Ohad Naharin) ou l’Afrique du Sud (Dada Masilo).

Photos coulisse Chambord Les Etoiles au chateau Crédit Edouard Brane 14

Sylvie Jacq Mioche

Historienne de la danse

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